Les signes de bluff au poker

Dur de garder la “poker face” en pleine partie!

C’est un fait établi parmi les joueurs de poker professionnels : le langage corporel est primordial dans la compréhension de la dynamique d’un joueur. Il est de bon ton, parmi les meilleurs joueurs de poker, de dire qu’on ne joue pas avec ses cartes, mais avez celles des autres. Très peu de spécialistes du poker maitrisent le lexique corporel, et aux Etats-Unis, c’est Joe Navarro, un ancien agent du FBI, qui donne des conseils de décryptage aux joueurs professionnels

 

Un passage du film « Les joueurs », avec Matt Damon, explique très bien cette vision du poker :

 

C’est une leçon que j’ai encore mieux comprise après avoir étudié le langage corporel. Je suis moi-même joueur occasionnel de poker, et je dévorais les livres de techniques de Phil Gordon. L’apprentissage du langage corporel m’a permis de dépasser les techniques des probabilités pour jouer l’humain en lui même, j’étais devenu bien meilleur joueur !

 

Pour ceux ne connaissant pas ou très peu le poker, je rappelle rapidement les règles : il s’agit de faire, en fonction des variantes de poker (Holdem, Homaha, Stud, etc), la meilleure combinaison possible avec ses cartes. Les mains sont découpées en tours de jeu où chaque joueur mise s’il le souhaite, le but étant de faire coucher son adversaire (le faire jeter ses cartes), et de gagner le maximum de jetons. Pour beaucoup, c’est un jeu où ne joue que la chance, mais la plupart des joueurs professionnels vous le diront : la chance n’y est pour pas grand chose, il y a plusieurs autres facteurs, comme la psychologie de l’adversaire, les probabilités, la technique, etc.

 

L’une des choses que l’on veut surtout appréhender, ce sont les signes de bluff. Je vous propose ici de décrypter une vidéo de poker bien particulière, puisqu’elle traite d’un joueur de poker, James Kier, qui tente de bluffer la légende du poker 10 fois champion du monde : Doyle Brunson.

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Vous pouvez déjà observer une différence notable, c’est l’attitude corporelle des deux joueurs. Doyle Brunson (le vieil homme au chapeau de cowboy), est détendu, ne quitte pas son adversaire du regard. Chaque geste est précis, réfléchi, on sent les 50 ans d’expériences au poker. Son adversaire se fait plus discret. Mais cela n’est pas pour autant un signe de bluff ! Pourtant Doyle Brunson ne se laisse pas prendre face aux relances de James Kier, et paie jusqu’au bout, même en ayant rien en main, pour éventer le bluff.

Un autre joueur lui dira même à la fin de la main : « Tu espérais vraiment bluffer Doyle Brunson ? »

 

Quelles sont, hypothétiquement, les signes qui ont pu mettre Doyle Brunson sur la piste du bluff ? Plus de 50 ans de pratique du jeu ont pu lui donner un instinct aigu du poker, n’ayant pas cette expérience, je me contenterais de décrypter les vidéos avec mes outils : le langage corporel.

 

Tout d’abord, j’ai remarqué qu’un joueur de poker se prépare souvent, avant même de voir le flop (les cartes visibles sur le tapis de jeu dans le cas présent), à être en position de bluff. Quelquefois, il touche son tirage et n’a donc pas l’effort à faire de « mentir », mais en cas de bluff, la stratégie corporelle commence dès qu’il a ses cartes en main.

 

Kier ne déroge pas à la règle, il se place en position de bluffeur dès le début : il se micro-démange le dessous du nez gauche. C’est un signe de mensonge. Mais cela ne s’arrête pas là.

 

Kier se micro-démange rapidement la narine gauche

Lorsque c’est à son tour de parler, les paupières de Kier sont très actives : c’est un signe de réflexion. Quand on a touché les cartes que l’on veut, on réfléchi rarement à la stratégie à adopter, on a juste à attendre que le joueur d’en face se piège de lui même (on utilise le terme de « slow-play »)

 

Quand il mise, Kier s’attend à ce que Brunson se couche. Il n’a rien, et pense que Brunson n’a rien non plus. Son analyse est juste, mais Brunson sait que quelque chose cloche : la mise est bien trop forte, et le corps de Kiev le trahit. Quand le champion du monde le paie, Kier inspire avant de faire une micro-expression de dégout : il n’est pas content d’être payé.

 

La lèvre supérieure droite se lève, la base du nez se plisse

Il tente un dernier bluff, cette fois-ci sans confiance : on peut observer après sa mise des sanpakus en bas de ses yeux (les sanpakus sont le blanc de l’oeil situé entre la paupière inférieur et la pupille). En situation de confiance, les fentes palpébrales, au niveau des yeux, remontent et les sanpakus ne sont pas visibles. En situation de mal être, ces fentes ne sont pas aussi hautes, et laisse entrevoir ce blanc : Kier ne souhaite vraiment pas être payé !

 

Les yeux de Kier laissent entrevoir le blanc dans la partie inférieure

 

Doyle jauge son adversaire, ils ne se quittent pas du regard. A 1:32, on peut voir Kier déglutir discrètement : il fait passer une émotion négative. Deux secondes plus tard, Brunson paie et évente le bluff.

 

Une superbe démonstration de lecture d’une légende du poker !

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